Témoignage 1
(Rédigé le 25/02/2025)
1) À la base, de quel pays viens-tu ?
As-Salam Aleykoum, je viens d'Algérie.
2) Depuis combien de temps as-tu fait la Hijrah ?
Depuis maintenant 3 ans, walhamdulilLah.
3) Dans quelle ville et pays habites-tu désormais et pourquoi as-tu choisi cette ville ?
Je vis à Guemar, dans la wilaya d’El Oued. J’ai choisi cette ville pour sa préservation religieuse, l’accès à la science, et la qualité du coin.
4) Comment voyager vers cette ville en partant de France (ou Belgique ou autre, selon d'où vous venez).
Par avion, avec une liaison directe Paris - El Oued (l’aéroport se trouve d’ailleurs à Guemar).
Sinon, par bateau en rejoignant l’un des ports algériens : Alger, Béjaïa ou Annaba, qui sont les plus pratiques pour ensuite descendre sur la ville d'El Oued.
Depuis Alger, il faut compter 8 à 9 heures de route jusqu’à El Oued, et 7 à 8 heures depuis Annaba si la circulation est fluide.
5) Quelles sont les causes que tu as faites pour partir vivre ici ?
Rien de particulier comme cause. J’ai simplement mis mes papiers à jour, puis on s’est fixé un délai sans retour en arrière possible. Cela dit, un imprévu s’est présenté et nous sommes finalement partis de manière précipitée.
Mettre ses papiers à jour reste indispensable, c’est la première chose à faire.
Une fois sur place, une famille nous a aidés à trouver un logement, et nous sommes partis, al hamdoulillah.
6) Quelle(s) cause(s) conseilles tu aux autres de faire pour venir vivre ici ?
Renouveler constamment sa niya, s’informer sur les démarches administratives, être débrouillard, et si possible et au mieux, se former avant ou pendant les causes pour faire la Hijrah.
L’Algérie est principalement un pays d’entrepreneuriat. Le salariat existe, bien sûr, et il n’y a aucun mal à y être, mais les salaires en dinars restent faibles, même pour des postes élevés.
Avec le loyer (en location), les factures et les imprévus, les dépenses montent vite.
7) Au niveau de l'administration, que faut-il faire pour résider de manière stable et légale dans le pays ? Quel est le prix et comment obtenir cela ?
Comme je l’ai mentionné plus haut, mettre ses papiers à jour — que l’on soit binational ou non — est primordial.
Ensuite, pour une personne étrangère et célibataire, je conseille, en parallèle de ses critères, de peut-être envisager une nationalité qui facilite la Hijrah.
Certains sans-papiers se sont mariés à des étrangères pour venir en terre de mécréance, ce qui est interdit. Faire l’inverse est, selon moi, plutôt louable au vu des troubles actuels.
C’est une vision que j'aborde et que j’assume : si ton époux(se) peut être une cause de Hijrah et préserver ta religion, alors bismi Llah.
8) Conseilles tu de ramener sa voiture de France ou d'en racheter une sur place ?
Ayant expérimenté la voiture française en Algérie, je dirais qu’elle peut être utile au début, mais à moyen et long terme, elle devient une charge matérielle, physique et financière, surtout si elle coûte cher.
J'avais la possibilité de la faire sortir en Tunisie et la ramener pour 6 mois (en passant par l'Italie), et j'explique mon itinéraire sur mon compte Instagram @shasha_bintmohamed (en story à la une). C’est peut-être moins cher, mais si vous êtes marié à un étranger (épouse algérienne), vous devez voyager avec lui pour la faire entrer sur le territoire et faire tamponner le TPD sur votre passeport pour obtenir les 6 mois.
Ce que je suggère, inShaa Lah, selon vos moyens financiers :
1) Acheter une voiture d’occasion de bonne qualité sur le marché algérien. Condition : connaître des personnes de confiance qui ont des contacts fiables et une bonne connaissance de la mécanique (je déconseille Ouedkniss au début, car les tarifs sont souvent gonflés).
2) Faire venir une voiture de moins de 3 ans depuis la France. Il y a des taxes à prévoir (voir les conditions auprès de la douane algérienne). Le problème actuel est que les immatriculations sont suspendues (suivre l'actualité).
3) Faire un CCR (Certificat de Changement de Résidence). Cela ne peut être fait qu’une seule fois, car cela implique de se radier du consulat. Il y a des taxes, moins élevées que pour une voiture de moins de 3 ans, mais cela nécessite des démarches.
Conclusion : Tout dépend de ce que vous estimez intéressant pour vous. Nous avons opté pour l’occasion sur place, après avoir comparé les différentes options (coût, démarches, déplacement) et nous avions à disposition des personnes de confiance, al hamdoulillah.
9) Conseilles-tu de vivre sans voiture ? Si oui, quel moyen de transport conseilles-tu à la place ?
Tout dépend de la ville où l'on vit. Personnellement, à Guemar, on peut faire ses courses à pied, tout est à proximité, al hamdoulillah. Mais je dirais que, si possible, posséder une voiture reste nécessaire. Surtout pour une femme, cela permet d’éviter la mixité dans les bus, et les taxis, à force, cela coûte.
10) Comment trouver un appartement ?
Ici, ça fonctionne beaucoup au bouche-à-oreille. On ne trouve pas grand-chose sur Ouedkniss et les sites de location immobilières, à part dans les groupes Facebook. Facebook est le réseau social préféré des Algériens. Se tourner vers les groupes de location/achat immobiliers peut être une bonne solution pour trouver un logement. Par cette cause, j'ai pu en trouver pour d'autres personnes, al hamdoulillah. Je conseille de venir quelques jours sur place et de chercher directement, inShaa Lah.
11) Comment trouver un emploi ?
C’est pareil : bouche-à-oreille ou sur les groupes. Il faut être sur place pour démarcher, demander, etc.
12) Conseilles-tu plutôt de monter sa propre affaire, de travailler en ligne ou d’être salarié sur place ?
L’Algérie est un pays d’entrepreneuriat. Avoir un savoir-faire et/ou une formation est un vrai atout. Comme je l’ai dit plus haut, être débrouillard vous aidera à surmonter certaines épreuves bi idhni Lah.
Un conseil lillah : ne vous faites pas assister. L’assistanat, de nos jours, est un véritable fléau, surtout pour un homme qui doit sortir chercher le rizq pour sa famille !
Formez-vous, sortez de votre zone de confort : on ne sait pas ce qu'il peut se passer demain. C’est un bagage essentiel, tout en plaçant sa confiance en Allah. Ne vous endormez pas sur vos habitudes.
13) Quelles sont les langues parlées dans la ville en particulier et dans le pays en général ?
En Algérie, la langue est l’arabe : le derija (dialecte algérien) est utilisé au quotidien, le fussha (arabe littéraire) à l’école et dans l’administration. Le français est également parlé dans certaines villes.
14) Peux-tu nous dire comment est le climat au fil des saisons dans ta ville ?
Nous sommes dans un climat désertique, c’est-à-dire chaud et sec (idéal pour les asthmatiques, rhumatismes, etc.).
Entre juin et octobre, les températures peuvent avoisiner les 50°C. Les locaux vivent au rythme du climat, du soleil et de la chaleur, et ce, toute l’année.
Cela dit, nous ne vivons pas dans des tentes, loin de là, al hamdoulillah. Nous avons la climatisation à la maison. Certes, cela a un coût, mais ici les factures sont en partie prises en charge par l'état Allahuma Baarek ! De la moitié, voir plus. Pour un trimestre, on peut payer jusqu’à 30 000 DA, dont 16 000 DA pris en charge par l’État. Il reste environ 5 000 DA/mois à notre charge.
Pas de panique ! Nous avons aussi un hiver. Nous sommes équipés de fournos au gaz, qui coûtent très peu. Les maisons sont froides, mais dehors, l’air est bon (en tout cas pour nous). Je mets quand même des doudounes aux enfants pour sortir, et le chef porte sa qachabiya le matin au Fajr et le soir. La journée, il reste en veste. Le froid reste sec.
15) Quel est le comportement des locaux face aux étrangers ?
Ici, les gens sont accueillants et hospitaliers, al hamdoulillah. Ils aiment aider et ont, en général, un bon comportement. Ce sont des personnes pudiques mais sociables en même temps, Allahumma barik.
16) Quels sont les avantages de ta ville ? Qu'est-ce qui te plaît dans cette ville ?
Lorsqu'on a entrepris la hijra, l’objectif était de véritablement ressentir ce changement de vie, de vivre un réel dépaysement pour pouvoir se détacher des repères d’avant. Rester dans un environnement trop familier aurait pu freiner la réforme personnelle. Guemar offre justement ce cadre propice à la réforme individuelle — même s'il y a encore du changement, qu’Allah nous guide et nous pardonne.
Cette ville donne l’impression d’être un pays dans le pays. D’ailleurs, certains locaux venus d’autres régions y ont eux-mêmes fait leur petite hijra. La population est connue pour être accueillante, pudique et sociable. L’ambiance y est particulièrement sereine, et les habitants sont habitués à la présence d’étrangers (y compris venant d’Afrique, pour celles et ceux que cela pourrait rassurer).
✅ La religion, qui est au cœur de notre hijra, est bien présente ici : des cours sont dispensés par des imams et prédicateurs salafis dans les mosquées, et des écoles coraniques existent pour adultes comme pour enfants. Il y a également un Merkez, Al Fussha, qui propose des cours d’arabe en présentiel.
À Guemar, on compte plus d’une quinzaine de mosquées salafis, Allahumma barik.
Le mode de vie y est en accord avec les valeurs islamiques, car la région est conservatrice. On ressent la sunnah dans la manière de vivre, même chez les gens qui ne se revendiquent pas salafis.
Les femmes sont voilées à l’extérieur, et il est rare de croiser des femmes les cheveux découverts. Toutes ne sont pas forcément habillées de manière légiférée, mais elles restent couvertes.
Cela dit, il ne s’agit pas de peindre un tableau idyllique ou parfait : il y a aussi des défauts et des inconvénients, comme partout. Je réponds seulement à la question.
✅ Un coût de la vie accessible : les logements sont abordables (environ 17 000 DA/mois pour un F3, ce qui équivaut à environ 115 euros par mois selon le taux actuel), les fruits et légumes (dont la pomme de terre, tomates et oignons qui sont produits localement) sont disponibles à des prix raisonnables, et les dépenses du quotidien restent également raisonnables. N'oubliez pas aussi que l'État prend en charge une partie de la facture d’électricité.
✅ Une communauté bienveillante : l’entraide et la fraternité sont bien présentes au sein de cette population accueillante. Les habitants ont conservé des mœurs simples, inspirées du mode de vie bédouin, tout en s’adaptant à une certaine modernité. Leur simplicité est agréable pour celui qui est simple et sans chichi. Il reste tout de même important de savoir vers qui s'adresser, par souci de fiabilité et de scrupule.
✅ Un cadre propice à l’apprentissage du Qur’ān : Les enfants apprennent quotidiennement dans les mosquées, parfois dès Fajr et après Maghrib, allāhumma bārik. Les parents à l'éducation religieuse prennent une attention particulière au Qur’ān, et il n’est pas rare de voir de jeunes enfants terminer le Qur’ān, car ils baignent dedans dès leur plus jeune âge.
Et pour les non arabophones : le Merkez Al Fussha, ouvert depuis 2024 à Guemar, propose un apprentissage de l’arabe en présentiel pour les hommes binationaux (Telegram : @MerkezAlFussha). Qu’Allah facilite également l’ouverture d’une classe pour les femmes.
✅ Un mode de vie simple et paisible : Éloigné du tumulte des grandes villes, ce cadre de vie offre un vrai répit. Le climat chaud mais sec est bénéfique pour le moral et certaines pathologies comme le rhumatisme ou l’asthme. Ici, on évite les sorties en pleine chaleur (comme par exemple à 14h), mais les climatiseurs sont des alliés indispensables qui permettent de vivre confortablement à la maison.
✅ Des opportunités économiques : Le marché algérien est en plein essor, notamment dans des secteurs comme le e-commerce, le digital, et les services. L'entrepreneuriat en ligne connaît également un grand développement, et le nouveau portail pour les auto-entrepreneurs (www.anae.dz) est un bon moyen pour générer des revenus ici. Les métiers artisanaux, comme ceux liés au bâtiment ou à la pâtisserie, sont également prometteurs, surtout si vous avez un savoir-faire.
Être autodidacte est un atout majeur, car cela permet de faire les causes pour pérenniser votre hijra.
17) Quels sont les inconvénients de cette ville ?
Le principal inconvénient est la chaleur. La vie ici s'adapte en fonction du temps, surtout en été, lorsque les températures peuvent être très élevées, où il est impossible de sortir.
Les commerçants ajustent leurs horaires, en ouvrant le matin et après Al Asr. En hiver, certains ferment l'après-midi pour faire la sieste, ce qui fait que la ville est moins animée à ce moment-là.
Un autre point concerne la présence de la secte tijani (branche soufie), comme dans de nombreuses régions d'Algérie. Cependant, Al hamdoulillah, la salafiya est bien implantée et se fait ressentir.
Il y a aussi la question des femmes qui sortent trop, même si elles sont voilées, ce n'est pas une raison.
Mais certaines habitudes sont restées comme le centre-ville fréquenté par les hommes et animé le soir, avec des cafés, des restaurants et des espaces publics où ils peuvent s'asseoir et boire du thé.
Pendant le Ramadan, la ville devient particulièrement vivante, tout le monde fréquente le centre ville (y compris les femmes) pour le ftour et l'achat de gâteaux et cadeaux pour l'Aïd.
La mixité peut être un inconvénient, et il est préférable pour les femmes d'être accompagnées de leur mahram dans ces lieux.
18) As-tu eu du mal à t'habituer à ce nouvel environnement ? Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées ?
Non, Al hamdoulillah, je n'ai pas eu de soucis à m'adapter. Cependant, il est vrai que le manque de la famille se fait parfois ressentir, car nous les avons quittés pour Allah et Son messager ﷺ. Les liens familiaux sont un aspect sentimental fort, et cela peut être une faiblesse pour certaines personnes.
Mais il faut se remettre en question et se dire que nous reviendrons vers Allah pour répondre de nos actes, et non vers nos parents ou autres proches.
Cette prise de conscience permet d'être serein et de se consoler. Qu'Allah accepte nos œuvres.
19) Quels sont les prix des loyers en moyenne ?
Les prix des loyers à Guemar sont raisonnables et proportionnels à ce qui est proposé. Par exemple, pour un F3, le loyer est d'environ 17 000 DA par mois, à payer soit tous les six mois, soit sur une base annuelle, en fonction des conditions du propriétaire.